De l’adoption de l’IA à ses effets sur les activités : réflexion à l’occasion de la Journée mondiale de l’ergothérapie

Le 27 octobre, à l’occasion de la Journée mondiale de l’ergothérapie, les professionnel·les s’interrogent : comment l’intelligence artificielle peut-elle aider les personnes à accomplir davantage les activités qui comptent dans leur vie quotidienne ? Le 9 février 2026, lors du congrès de la WFOT à Bangkok, un symposium consacré à l’IA a porté sur la place grandissante de cette technologie dans la profession. Les perspectives sont prometteuses, mais l’IA doit rester au service de la relation humaine, au cœur de l’ergothérapie. Sa valeur se mesurera à sa capacité à aider les personnes à participer plus pleinement aux activités qui donnent du sens à leur vie.

L’IA fait déjà son entrée dans la pratique de l’ergothérapie. Une enquête internationale menée auprès de 884 personnes dans 81 pays a révélé que 56,3 % des répondants utilisaient l’IA dans le cadre professionnel et que 68,4 % étaient favorables à son intégration. Parmi les usages courants figuraient la rédaction de documents, les tâches administratives, la formation, la recherche, la planification des interventions et la communication. Les répondants ont également fait part de préoccupations concernant l’équité, la mise en œuvre et l’éthique professionnelle. Ces résultats témoignent d’un intérêt croissant, mais cette enquête en ligne ne saurait être considérée comme représentative de l’ensemble des ergothérapeutes dans le monde (Cason et al., 2026).

Des études récentes illustrent à la fois le potentiel de l’IA et les questions qui restent en suspens. Un petit essai randomisé a mis en évidence une amélioration de l’écriture manuscrite chez des enfants présentant un risque de trouble développemental de la coordination après un programme d’ergothérapie assisté par l’IA (Demirci et al., 2025). Dans une étude auprès de 30 adultes, une évaluation initiale réalisée par l’IA a été jugée utilisable, mais la plupart des participants ont préféré celle menée par un professionnel, notamment en matière de compassion et de satisfaction (Teng et al., 2026). Des revues recensent des applications possibles de l’IA dans l’analyse du mouvement, l’utilisation de capteurs, la robotique et la réalité virtuelle, tout en distinguant les systèmes qui reposent sur l’IA des autres technologies. Une revue de portée consacrée à l’IA générative en réadaptation a relevé des applications en planification, en évaluation, en formation et en raisonnement clinique, mais peu de données sur les bénéfices pour les patients (Cha, 2026 ; El Arab et al., 2026).

Dans l’ensemble, ces résultats laissent entrevoir une réadaptation plus personnalisée. Les données sur le mouvement, les résultats d’évaluation et les objectifs de la personne pourraient aider les thérapeutes à ajuster les activités ou à adapter les exercices. Cette personnalisation doit toutefois rester guidée par le raisonnement clinique. Une amélioration de l’écriture manuscrite ne suffit pas à démontrer une meilleure participation en classe ; de même, le fait qu’une évaluation par l’IA soit jugée utilisable ne remplace pas la relation de confiance qui se construit dans les échanges avec un professionnel. L’IA ouvre de nouvelles perspectives pour l’évaluation, l’intervention et la réadaptation, mais il reste à vérifier si elles améliorent le fonctionnement au quotidien et pour qui.

En pratique, il est judicieux de partir des besoins liés aux activités de la personne, et non de l’outil. Les thérapeutes et les organisations peuvent déterminer les tâches pour lesquelles l’IA pourrait être utile, vérifier ses productions avant qu’elles n’influencent les soins, protéger les informations des patients et veiller à ce que le temps gagné permette des échanges plus riches ou un meilleur accès aux services. Lorsque l’IA contribue de manière importante à une évaluation ou à une recommandation, la transparence favorise une discussion éclairée et une décision partagée. La formation professionnelle et les recommandations des organisations doivent évoluer au même rythme que l’utilisation de ces outils.

Une utilisation responsable suppose également de prendre en compte l’intégrité des données, les biais, le consentement, la confidentialité et les limites des connaissances disponibles. Les chercheurs doivent décrire clairement leurs méthodes, évaluer les systèmes auprès de populations et dans des contextes variés, et mesurer les résultats qui comptent pour les patients, plutôt que de se limiter à la précision technique ou à la facilité d’utilisation. La responsabilité clinique incombe aux professionnels et aux organisations qui ont recours à l’IA : un algorithme ne peut répondre d’une décision qui a des conséquences sur les soins d’une personne.

À l’occasion de la Journée mondiale de l’ergothérapie, la profession peut inscrire l’innovation dans son engagement durable en faveur des activités qui ont du sens. Les recherches à venir devront déterminer si les soins assistés par l’IA améliorent le fonctionnement, l’autonomie et la participation, pour qui, dans quels contextes et à quel coût. La réussite ne consistera pas à remplacer le travail des ergothérapeutes, mais à leur donner les moyens de proposer des soins plus personnalisés et fondés sur les données probantes, afin que les personnes puissent participer plus pleinement à leur vie quotidienne.

Références

Cason, J., Gafni-Lachter, L., Richmond, T., Jacobs, K., et World Federation of Occupational Therapists. (2026). Worldwide survey on artificial intelligence in occupational therapy. WORK: A Journal of Prevention, Assessment & Rehabilitation. Publication en ligne avant impression. https://doi.org/10.1177/10519815261469529

Cha, S.-M. (2026). Generative AI and large language models in rehabilitation: A scoping review. Life, 16(8), 1310. https://doi.org/10.3390/life16081310

Demirci, O., Yilmaz, G. G., et Köse, B. (2025). Artificial intelligence-supported occupational therapy program on handwriting skills in children at risk for developmental coordination disorder: Randomized controlled trial. Research in Developmental Disabilities, 161, 105009. https://doi.org/10.1016/j.ridd.2025.105009

El Arab, R. A., Al Moosa, O. A., Almagharbeh, W. T., Abuadas, F., Abdalla, N., Abdrbo, A., et Hassanein, S. (2026). Artificial intelligence in physical, occupational and neuro-rehabilitation: Clinical effectiveness, prognostic performance, and pre-implementation feasibility—A systematic review. Journal of Medical Systems, 50(1). https://doi.org/10.1007/s10916-026-02400-6

Teng, M. M., Cathcart, H., Grasza, S., Williams, K., Zhang, M., et Jarus, T. (2026). Developing and evaluating a remote, self-administered, AI-powered occupational therapy initial assessment: A crossover randomized controlled trial. WORK: A Journal of Prevention, Assessment & Rehabilitation. Publication en ligne avant impression. https://doi.org/10.1177/10519815261491275

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