
Un enfant présentant un trouble développemental de la coordination (TDC) peut avoir du mal à écrire à la main, à s’habiller, à pratiquer un sport ou à suivre le rythme des activités en classe. Ces difficultés peuvent affecter sa confiance en lui et sa participation, au-delà de ses seules capacités motrices. L’ergothérapie aide les enfants à prendre part aux activités qui comptent pour eux. Elle s’appuie sur une collaboration avec la famille et l’école afin que les exercices s’intègrent à la vie quotidienne.
Un essai randomisé mené en 2025 a évalué un programme d’ergothérapie assisté par l’IA auprès de 42 enfants âgés de 8 à 12 ans et présentant un risque de TDC. Les enfants du groupe d’intervention ont suivi deux séances de thérapie par semaine pendant huit semaines. Leur écriture manuscrite s’est améliorée en vitesse, en alignement, en taille, en espacement, en forme et en lisibilité. Ces résultats sont encourageants, mais la petite taille de l’échantillon ne permet pas de savoir si les progrès se sont maintenus ni s’ils se sont généralisés à l’écriture quotidienne en classe (Demirci et al., 2025).
Une seconde étude cherche à déterminer si les parents peuvent encadrer à domicile des exercices neuromoteurs avec l’aide d’un système d’analyse des mouvements par l’IA. Il s’agit d’un protocole d’essai, et non d’un compte rendu de résultats. Le protocole décrit une étude prévue auprès de 62 enfants présentant un TDC. Celle-ci comparera la physiothérapie conventionnelle à cette même approche, complétée par un programme de 12 semaines encadré par les parents. L’analyse vidéo doit permettre d’estimer certaines caractéristiques du mouvement, comme la coordination, la symétrie et la vitesse. Les résultats de l’essai seront nécessaires pour savoir si cette approche est bénéfique (Hullumani et Qureshi, 2026).
Dans leur ensemble, ces études mettent en évidence deux utilisations possibles de l’IA : soutenir un programme thérapeutique ciblé, par exemple des exercices d’écriture manuscrite, et aider les familles à observer les mouvements de l’enfant lors d’activités à domicile. En d’autres termes, l’IA pourrait mesurer certaines caractéristiques visibles dans une vidéo et contribuer au suivi de leur évolution. Mais une mesure ne suffit pas à comprendre un enfant : la position de la caméra, l’éclairage, les vêtements et la façon de bouger propre à chaque enfant peuvent influer sur ce que le système détecte. Les résultats doivent donc être vérifiés avec soin.
Pour les ergothérapeutes, l’IA pourrait aider à organiser les informations sur les progrès, à suggérer des activités à discuter et à suivre l’évolution des mouvements avec la pratique. À l’avenir, elle pourrait aussi contribuer au travail sur l’équilibre, la motricité manuelle, la planification, l’attention ou les routines quotidiennes. Il s’agit de possibilités à évaluer, et non de bénéfices établis. Les thérapeutes doivent vérifier que les propositions générées par l’IA sont adaptées aux objectifs et aux capacités de l’enfant, ainsi qu’à sa culture et à son environnement familial ou scolaire.
Les parents pourraient-ils remplacer un·e thérapeute avec l’aide de l’IA ? L’IA peut les aider à faire pratiquer certaines activités entre les séances, mais elle ne doit se substituer ni à une évaluation professionnelle ni à un accompagnement individualisé. Les parents connaissent bien leur enfant et peuvent intégrer les exercices à la vie quotidienne. Les thérapeutes, quant à eux, disposent de la formation clinique nécessaire pour interpréter les difficultés, adapter les tâches et intervenir si les progrès stagnent ou si une nouvelle préoccupation apparaît. Un programme encadré par les parents est plus efficace lorsqu’il s’inscrit dans un partenariat, avec des consignes claires et la possibilité de solliciter l’avis d’un·e thérapeute.
Le rôle du ou de la thérapeute pourrait donc évoluer, mais il ne disparaît pas. Les ergothérapeutes peuvent définir avec l’enfant et sa famille des objectifs qui ont du sens, encadrer les exercices pour qu’ils se déroulent en toute sécurité, interpréter les informations produites par l’IA et adapter le programme au besoin. Ils aident également à relier les progrès moteurs à la participation dans la vie quotidienne : jouer, faire ses devoirs ou s’habiller de façon autonome. Ils doivent expliquer les limites de l’IA, protéger les données des enfants, repérer les biais éventuels et rester responsables des décisions cliniques.
La prochaine étape consiste à déterminer, par des recherches supplémentaires, si ces programmes améliorent la participation dans la vie quotidienne, si leurs effets perdurent et si les familles peuvent les utiliser facilement. L’IA pourrait faciliter les exercices et leur suivi, notamment dans les régions où l’accès aux services de thérapie est limité. Son utilité dépendra de notre capacité à préserver la dimension humaine des soins : écouter les enfants, accompagner les familles et aider chaque enfant à gagner en confiance et en autonomie.
Références
Demirci, O., Guney Yilmaz, G., et Köse, B. (2025). Artificial intelligence-supported occupational therapy program on handwriting skills in children at risk for developmental coordination disorder: Randomized controlled trial. Research in Developmental Disabilities, 161, 105009. https://doi.org/10.1016/j.ridd.2025.105009
Hullumani, S., et Qureshi, I. (2026). Development, validation and effectiveness of a parents led neuromotor training module with AI-based movement analysis for improving motor proficiency and sports participation in children with developmental coordination disorder: A protocol for an assessor-blinded randomized superiority controlled trial. Frontiers in Human Neuroscience, 20, 1931622. https://doi.org/10.3389/fnhum.2026.1931622
