
Depuis le 2 août 2026, de nombreux professionnels s’intéressent à l’article 50 du règlement européen sur l’intelligence artificielle. Cet article introduit de nouvelles règles de transparence pour certains usages de tous les types d’intelligence artificielle, et pas uniquement de l’IA générative. Toutefois, ces règles ne signifient pas que les thérapeutes doivent informer leurs patients chaque fois qu’ils utilisent un outil d’IA.
L’essentiel est de distinguer deux situations.
La première concerne les cas où le patient communique directement avec un système d’IA. Par exemple, une clinique peut utiliser un chatbot pour répondre à des questions, aider les familles à trouver des informations ou organiser des rendez-vous. Dans ce cas, le patient doit normalement être informé qu’il interagit avec une intelligence artificielle et non avec un professionnel humain. Cette information doit être claire et facile à comprendre.
La seconde concerne les cas où le thérapeute utilise l’IA en privé comme outil de travail. Il peut, par exemple, s’en servir pour améliorer la formulation d’un compte rendu, organiser des informations, trouver des idées de supports thérapeutiques ou structurer un document. Lorsque le patient ne communique pas directement avec l’IA, l’article 50 n’impose pas, de manière générale, de l’informer de chaque utilisation de l’outil.
Cependant, l’utilisation de l’IA en arrière-plan ne dispense pas le thérapeute de ses responsabilités. L’IA peut commettre des erreurs, mal comprendre certaines informations ou produire des réponses convaincantes, mais incorrectes. Tout contenu généré par l’IA doit donc être lu attentivement, vérifié et adapté par le professionnel avant d’être utilisé.
Il est également important de distinguer l’aide à la rédaction de la prise de décision clinique. Demander à l’IA d’améliorer la formulation d’une phrase est très différent de lui demander d’interpréter les résultats de tests, de suggérer un diagnostic ou de recommander un traitement. Dans le second cas, l’IA intervient davantage dans le processus de raisonnement clinique. Une prudence accrue est alors nécessaire, et elle ne doit jamais remplacer le jugement professionnel du thérapeute.
Les décisions cliniques doivent s’appuyer sur la situation globale du patient, notamment son histoire, les résultats des évaluations, ses capacités de communication, son environnement, sa culture et ses besoins individuels. L’IA n’a pas toujours accès à l’ensemble de ce contexte. Elle peut contribuer à générer des pistes de réflexion, mais le thérapeute demeure responsable de déterminer ce qui est cliniquement approprié.
Le règlement européen sur l’IA ne remplace pas non plus le Règlement général sur la protection des données, les règles de confidentialité ni les principes de déontologie professionnelle. Avant d’introduire des informations concernant un patient dans un outil d’IA, les professionnels doivent vérifier si ces données peuvent être partagées légalement et en toute sécurité. Les noms, les informations de santé, les résultats de tests, les comptes rendus cliniques et les éléments permettant d’identifier une personne ne doivent pas être saisis dans des outils d’IA accessibles au public sans garanties de protection appropriées.
Pour les thérapeutes, la « maîtrise de l’IA » ne consiste pas simplement à apprendre à rédiger de bonnes requêtes. Elle implique de comprendre quand l’IA peut être utile, dans quelles situations elle ne doit pas être utilisée, comment vérifier ses réponses, comment protéger les données des patients et comment repérer d’éventuelles erreurs ou de possibles biais.
Une règle simple peut être retenue :
- Lorsque le patient communique directement avec une IA, la transparence est nécessaire.
- Lorsque le thérapeute utilise l’IA en arrière-plan, une supervision attentive, une protection rigoureuse des données et une validation professionnelle sont indispensables.
L’IA peut soutenir le travail clinique, mais elle ne peut remplacer l’expertise, la responsabilité ni la relation du thérapeute avec le patient. L’objectif n’est pas d’éviter tout outil d’IA, mais d’utiliser ces technologies avec prudence et transparence, de manière à protéger les patients et à préserver la qualité des soins.
Référence
Artificial Intelligence Act. (s. d.). Article 50 : Obligations de transparence pour les fournisseurs et les déployeurs de certains systèmes d’intelligence artificielle. Consulté le 25 août 2026, à l’adresse suivante :
https://artificialintelligenceact.eu/fr/article/50/
