
Pour de nombreuses personnes sourdes, communiquer par téléphone avec des personnes entendantes peut être difficile. La saisie de texte peut prendre du temps, et l’anglais écrit n’est pas nécessairement leur langue première. Google DeepMind développe actuellement SL2T, un modèle d’intelligence artificielle capable de reconnaître la langue des signes américaine à l’aide de la caméra d’un téléphone, puis de traduire les signes en anglais écrit.
Cette technologie pourrait faciliter la communication au quotidien dans de nombreuses situations, notamment lors de rendez-vous, dans le cadre de l’éducation, sur le lieu de travail, lors de déplacements, dans les commerces ou pour contacter les services publics. Les patients pourraient également l’utiliser de manière autonome dans leur vie quotidienne pour communiquer avec leur famille, leurs amis, leurs collègues, les services clients ou toute autre personne ne maîtrisant pas la langue des signes. Cela pourrait réduire leur dépendance à l’égard de leur entourage et leur donner davantage de contrôle sur leur mode de communication.
Dans le domaine de la santé et de la thérapie, SL2T pourrait aider les patients à exprimer des besoins simples, à comprendre des informations, à poser des questions et à communiquer plus facilement avec les thérapeutes et les autres professionnels qui ne maîtrisent pas la langue des signes. L’outil pourrait également aider les personnes sourdes à communiquer avec leur entourage et avec les différents acteurs de la société, notamment leurs voisins, les employés des commerces, les enseignants, les employeurs, le personnel des transports et les agents des services publics. Cela pourrait favoriser une plus grande participation à la vie quotidienne et contribuer à réduire les obstacles liés à la communication.
Toutefois, la traduction par l’IA doit être considérée comme une aide à la communication et non comme un remplacement des interprètes qualifiés. Les langues des signes possèdent leur propre grammaire, et le sens peut dépendre des mouvements des mains, des expressions faciales, de la posture, de la vitesse d’exécution et du contexte. Si le système ne tient pas compte de l’un de ces éléments, la traduction peut être inexacte.
Les thérapeutes doivent donc utiliser cette technologie avec prudence. Elle peut convenir pour des messages courts, des questions simples, des informations relatives à un rendez-vous ou des échanges informels. En revanche, elle ne doit pas être utilisée seule pour établir un diagnostic, recueillir un consentement éclairé, évaluer un risque en santé mentale, assurer la protection d’une personne vulnérable ou prendre des décisions thérapeutiques importantes. Dans les situations complexes ou sensibles, la présence d’un interprète professionnel reste indispensable.
Le système peut également rencontrer des difficultés face aux signes régionaux, aux gestes rapides, à l’épellation digitale, à un éclairage insuffisant ou à des angles de prise de vue difficiles. Une traduction peut sembler claire tout en étant erronée. Les professionnels doivent vérifier les informations importantes avec le patient et lui donner la possibilité de corriger le résultat.
La participation de personnes sourdes à la conception et à l’évaluation de cette technologie est essentielle. Leur expérience peut aider les développeurs à mieux comprendre les besoins réels en matière de communication et à éviter de considérer la langue des signes comme un simple problème technique. Des recherches supplémentaires restent toutefois nécessaires dans différentes langues des signes, cultures, régions et structures de soins.
La protection de la vie privée constitue une autre préoccupation. Les échanges en langue des signes peuvent contenir des informations personnelles, médicales ou émotionnelles. Les thérapeutes doivent expliquer le fonctionnement de l’outil, préciser si les enregistrements sont conservés et indiquer qui peut accéder aux données. Les patients doivent toujours être libres de choisir s’ils souhaitent ou non l’utiliser.
L’IA peut améliorer l’accessibilité, mais la responsabilité professionnelle reste essentielle. Les thérapeutes doivent vérifier les informations, tenir compte des biais éventuels et éviter de supposer que le système est toujours fiable. Utilisé avec discernement, SL2T pourrait offrir aux personnes sourdes davantage d’autonomie et de possibilités de communication, tout en soutenant, et non en remplaçant, la compréhension humaine.
