Clore 2025: Une année d’IA en thérapie : ce que nous avons appris et ce que nous anticipons

À l’approche de la fin d’année, beaucoup d’entre nous ne réfléchissent pas seulement à leur file active ou à leurs résultats, mais à l’ampleur des changements dans la pratique quotidienne. 2025 n’a pas été l’année où l’IA a “pris le contrôle” de la thérapie. C’est plutôt l’année où elle s’est discrètement ancrée dans nos flux de travail, nous poussant, en tant que cliniciens, à protéger plus intentionnellement le jugement clinique tout en accueillant l’innovation utile.

De l’orthophonie à la santé mentale en passant par les plateformes de téléthérapie, l’IA est passée de l’expérimental à l’opérationnel. Ce qui compte désormais, c’est la manière dont nous, thérapeutes, choisissons de l’utiliser.

L’IA cette année du battage médiatique à l’usage clinique réel

L’un des changements les plus visibles en 2025 est la conception d’outils d’IA pensés autour des cliniciens plutôt qu’à leur place. Des plateformes comme Wysa, notamment via des fonctionnalités encadrées par des cliniciens telles que Wysa Copilot, illustrent ce tournant. Ces systèmes ne sont plus de simples chatbots : ils agissent comme des soutiens structurés qui maintiennent la continuité thérapeutique entre les séances tout en laissant le contrôle aux cliniciens.

D’après nos tests et usages, la valeur ne réside pas dans le fait que l’IA “parle” aux patients, mais dans le soutien apporté à la réflexion, au suivi des devoirs thérapeutiques et à la régulation émotionnelle entre les séances. Les patients arrivent plus préparés, et les séances ressemblent moins à un redémarrage qu’à une continuité.

Pratique en orthophonie là où l’IA apporte un vrai plus

En orthophonie, l’impact le plus net cette année s’est joué sur l’intensité et la constance de la pratique. Les outils d’articulation et de travail vocal assistés par IA offrent désormais un retroaction plus précis et une répétition structurée, difficiles à obtenir avec constance entre deux séances de téléthérapie.

Nous utilisons ces outils comme partenaires de pratique, pas comme évaluateurs. Ils nous aident à collecter des données plus propres et à observer les évolutions dans le temps, tandis que l’interprétation reste humaine. Leur force est de libérer de l’espace cognitif pour que nous puissions planifier, adapter et répondre finement pendant les séances.

Accessibilité et portée une avancée silencieuse

Autre évolution importante cette année : l’extension des plateformes de thérapie propulsées par l’IA à davantage de langues et de régions. Le déploiement d’outils comme Constant Therapy dans plusieurs langues envoie un signal fort : l’IA peut réduire les barrières d’accès sans abaisser les standards cliniques.

En téléthérapie, cela se traduit par un meilleur transfert des acquis, des supports de pratique plus pertinents sur le plan culturel et une plus grande implication en dehors des séances en direct.

IA vocale et signaux émotionnels à manier avec prudence

2025 a également mis en lumière les outils d’IA basés sur la voix qui analysent la parole à la recherche d’indices émotionnels ou de santé mentale. Kintsugi et Ellipsis Health sont souvent cités à ce sujet.

D’après notre expérience, ces outils fonctionnent mieux comme signaux que comme réponses. En téléthérapie, où certains indices subtils sont plus difficiles à capter, ils peuvent orienter un questionnement clinique plus approfondi. Ils ne posent pas de diagnostic et ne doivent jamais se substituer à l’observation, à l’entretien clinique ou au jugement professionnel.

Éthique et régulation au premier plan

Cette année nous a rappelé qu’une innovation sans garde‑fous reste risquée. Le renforcement de la régulation autour de l’usage de l’IA en thérapie, notamment concernant la détection des situations de crise, le consentement et la transparence, a constitué une étape nécessaire.

Pour nous cliniciens, cela est cohérent avec nos pratiques. Le travail thérapeutique exige redevabilité, clarté et responsabilité humaine. L’IA doit rester secondaire par rapport à la relation thérapeutique.

Notre usage de l’IA pour la suite

En cette fin d’année, ces principes guident notre utilisation clinique de l’IA :

  • Nous utilisons l’IA pour réduire la charge administrative et cognitive, pas pour remplacer la pensée.
  • Nous choisissons des outils ancrés dans la logique clinique et les modèles thérapeutiques.
  • Nous restons transparents avec les patients et les familles quant à l’usage de l’IA.
  • Nous traitons les productions de l’IA comme des données d’appui, jamais comme des décisions cliniques.

Utilisée de cette manière, l’IA devient un allié, pas une distraction.

Et après ?

Si 2025 a été l’année des tests et des apprentissages, l’année qui vient sera probablement celle de l’affinage. Nous anticipons des standards plus clairs, des conceptions davantage informées par les cliniciens et des échanges plus profonds autour de l’éthique, de l’inclusion et de la durabilité.

Surtout, nous nous attendons à ce que le projecteur revienne sans cesse à l’essentiel : la connexion humaine, le raisonnement clinique et le soin éthique.

L’IA continuera d’évoluer. Notre rôle de thérapeutes, lui, demeure. Nous interprétons. Nous adaptons. Nous créons du lien.

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