L’IA générative peut-elle soutenir le pouvoir d’agir des élèves en situation de handicap dans leurs apprentissages ?

Dans les classes inclusives, les enseignants et les thérapeutes réfléchissent attentivement aux moyens d’accompagner chaque élève. Certains ont besoin d’un langage plus simple, de davantage de temps ou d’aide pour organiser les informations. Toutefois, l’accompagnement devrait également leur offrir la possibilité de poser des questions, de faire des choix et de jouer un rôle actif dans leurs apprentissages.

L’intelligence artificielle générative, ou IA générative, est une technologie capable de créer du texte et de répondre à des questions. ChatGPT en est un exemple. Elle peut aider les élèves à comprendre des notions difficiles, à trouver des informations et à explorer les sujets qui les intéressent. Cependant, sa valeur ne dépend pas uniquement des réponses qu’elle fournit, mais aussi de sa capacité à favoriser l’implication des élèves dans leurs apprentissages.

Une étude récente publiée dans le British Journal of Educational Technology par Rappa et al. (2026), intitulée « Can Generative AI Support the Learning Agency of Students with Disability? A Case Study of an Australian Secondary School », s’est intéressée à cette question dans une classe de sciences du secondaire. Trois élèves en situation de handicap ont utilisé ChatGPT alors qu’ils étudiaient la gravité, les frottements, les freins automobiles et le mouvement. Les chercheurs ont examiné la manière dont les élèves utilisaient l’outil, les choix qu’ils faisaient et les difficultés qu’ils rencontraient.

L’étude portait sur le pouvoir d’agir dans les apprentissages. En termes simples, cela signifie avoir la possibilité et la capacité de participer aux décisions liées à son apprentissage. Un élève peut choisir de poser une question ou de demander une explication plus simple, tout en ayant besoin d’un accompagnement pour la communication, l’attention, la mémoire ou la planification.

Les élèves ont utilisé ChatGPT de différentes manières. Arthur s’en est servi pour approfondir ses connaissances sur la gravité, car il s’intéressait déjà aux sciences. Inez a mis en lien des notions scientifiques avec des préoccupations de la vie quotidienne, notamment la sécurité routière. Louis a posé des questions scientifiques, mais a également considéré ChatGPT comme un partenaire de conversation. Ces exemples montrent que les élèves peuvent utiliser l’IA pour rendre leurs apprentissages plus personnels et plus porteurs de sens.

Cependant, le fait de choisir d’utiliser ChatGPT ne signifiait pas nécessairement que les élèves pouvaient s’en servir de manière autonome. Certains éprouvaient des difficultés à formuler des questions claires, à comprendre des réponses longues ou à déterminer si les informations étaient exactes. Les enseignants ont donc montré comment poser des questions, demander des explications plus simples et solliciter des exemples. Ce type d’accompagnement s’apparente à l’étayage utilisé en thérapie et dans l’éducation.

Les résultats suggèrent que l’IA générative peut favoriser la participation des élèves, mais qu’elle ne remplace pas l’accompagnement humain. Les enseignants, les thérapeutes et les assistants d’éducation peuvent aider les élèves à formuler des questions, à comprendre les réponses et à mettre en lien les informations produites par l’IA avec les activités de la classe. L’objectif devrait être de développer progressivement l’autonomie, plutôt que de donner simplement aux élèves accès à la technologie.

L’étude présente également d’importantes limites. Seuls trois élèves issus d’une même école australienne ont été inclus ; les résultats ne peuvent donc pas représenter l’ensemble des élèves en situation de handicap. Des recherches supplémentaires sont nécessaires auprès de groupes plus importants, dans différentes disciplines et avec des élèves présentant des besoins plus importants en matière de communication ou d’apprentissage.

Sur le plan éthique, les professionnels doivent prendre en compte la confidentialité, l’exactitude et les biais. Les élèves ne devraient pas saisir d’informations personnelles dans les systèmes d’IA. ChatGPT peut fournir des réponses incorrectes ou déroutantes ; les adultes doivent donc vérifier attentivement ses réponses. Les élèves doivent également comprendre que l’IA peut être utile, mais qu’elle peut aussi commettre des erreurs.

En définitive, l’IA générative ne crée pas à elle seule l’autonomie dans les apprentissages. Elle peut soutenir le pouvoir d’agir des élèves lorsqu’elle les aide à poser des questions, à explorer leurs centres d’intérêt et à faire des choix concernant leurs apprentissages. Pour les thérapeutes et les professionnels de l’éducation, l’IA devrait être utilisée comme un soutien supplémentaire, et non comme un substitut au jugement professionnel, aux relations humaines ou à la communication.

Référence

Rappa, N. A., Nonis, K. P., Tang, K.-S., Cooper, G., Cooper, M., & Sims, C. (2026). Can generative AI support the learning agency of students with disability? A case study of an Australian secondary school. British Journal of Educational Technology. https://doi.org/10.1111/bjet.70048

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