Google vient d’intégrer l’IA à Gmail

Trois milliards de boîtes de réception sont sur le point de changer.

Notre analyse de l’ère Gemini de l’e-mail

Google a officiellement intégré l’IA à Gmail, et il ne s’agit pas d’une simple mise à jour de productivité. L’e-mail est l’un des systèmes les plus exigeants sur le plan cognitif que les personnes utilisent au quotidien, et désormais l’IA y est directement intégrée. Avec Gemini, les utilisateurs peuvent résumer instantanément de longs fils de messages, poser des questions à leur boîte de réception en langage naturel, rédiger ou peaufiner des e-mails gratuitement, recevoir des suggestions de réponse qui reflètent réellement leur voix, et vérifier le ton, la grammaire et la clarté. Bientôt, Gmail filtrera automatiquement l’encombrement, signalera les messages VIP et mettra en avant les e-mails à forts enjeux. Le déploiement commence en anglais (États-Unis), d’autres langues suivront, et certaines fonctionnalités avancées nécessiteront des formules Pro ou Ultra.

Du point de vue thérapeutique, ce changement est plus important qu’il n’y paraît.

L’e-mail n’est pas qu’un moyen de communication. C’est la fonction exécutive à l’œuvre. Il mobilise la planification, la priorisation, la mémoire de travail, la régulation émotionnelle et les compétences en langage pragmatique. Pour de nombreux clients, et de nombreux cliniciens, l’e-mail est une source quotidienne de surcharge cognitive. Ce que fait Gemini, c’est externaliser une partie de cette charge.

Résumer les fils de discussion réduit les exigences liées à la mémoire de travail. Poser des questions à la boîte de réception permet de contourner des stratégies de recherche inefficaces. Les vérifications de ton et de clarté soutiennent le langage pragmatique. L’aide à la rédaction abaisse les barrières à l’initiation. Ces fonctions reflètent de près les soutiens déjà utilisés en thérapie, faisant de Gemini un échafaudage cognitif plutôt qu’un substitut à la pensée.

Alors, comment les thérapeutes peuvent-ils concrètement en bénéficier ?

Pour les orthophonistes, Gemini peut soutenir une communication écrite professionnelle sans compromettre l’intention clinique. Rédiger des e-mails aux parents, des correspondances scolaires ou des notes pluridisciplinaires exige souvent un ton, une clarté et une pragmatique précis. L’assistance à la rédaction et l’ajustement du ton par l’IA peuvent alléger la charge linguistique tout en permettant au thérapeute de conserver la maîtrise du contenu et des limites. Sur le plan clinique, ces mêmes fonctionnalités peuvent servir à modéliser des réponses appropriées par e-mail avec des clients plus âgés ou des adolescents travaillant la communication fonctionnelle et les habiletés pragmatiques.

Pour les psychologues et les professionnels de la santé mentale, l’intérêt réside dans la régulation cognitive et émotionnelle. Les e-mails difficiles déclenchent souvent évitement, anxiété ou suranalyse. La rédaction assistée par l’IA peut aider les clients à initier leurs réponses, réduire la rumination et se concentrer sur le message plutôt que sur le stress lié au choix des mots. En thérapie, cela ouvre un espace pour discuter de la prise de décision, des limites et d’un usage réfléchi plutôt que de l’évitement.

Pour les clients neurodivergents, en particulier ceux avec TDAH ou TSA, Gemini peut réduire les obstacles liés à l’initiation, à l’organisation et à l’interprétation de longs fils d’e-mails. Utilisé de manière intentionnelle, il peut faciliter l’accès sans masquer les besoins. Utilisé sans recul, il risque de court-circuiter le développement des compétences. C’est précisément là que l’accompagnement clinique est essentiel.

Il existe aussi des considérations éthiques à ne pas ignorer. Gmail n’est pas une plateforme clinique. Des informations identifiables concernant des clients ne doivent jamais être saisies dans des systèmes d’IA sans garanties. L’assistance par l’IA ne retire en rien la responsabilité professionnelle en matière de confidentialité, de jugement et de nuances relationnelles.

Le changement plus vaste est le suivant. L’IA n’est plus un outil distinct que l’on choisit d’ouvrir. Elle devient une composante de l’environnement cognitif dans lequel nos clients vivent. Cela signifie que la thérapie ne peut pas l’ignorer.

Notre rôle n’est pas de résister à ces outils ni de leur déléguer la pensée. Notre rôle est d’aider clients et cliniciens à utiliser l’IA de manière réfléchie, comme un soutien plutôt qu’une autorité. Trois milliards de boîtes de réception sont sur le point de changer. Le jugement humain, le raisonnement clinique et une éthique de soin doivent continuer de guider.

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