
L’intelligence artificielle évolue rapidement et transforme déjà la manière dont les thérapeutes planifient, créent et communiquent. Une nouvelle fonctionnalité de discussions de groupe au sein d’une grande plateforme conversationnelle ouvre un espace allant bien au-delà de l’appui individuel : un espace de réflexion partagé, dans lequel les professionnels peuvent co-créer, confronter leurs points de vue et élaborer ensemble des contenus et des stratégies cliniques en temps réel.
Le principe est simple : au lieu d’interagir seul avec l’outil, jusqu’à vingt personnes peuvent désormais participer à une même conversation. Chacun peut ajouter du contenu, poser des questions, apporter des exemples issus de sa discipline ou collaborer sur des documents, tandis que l’assistant reste disponible comme un participant à part entière de l’échange. On obtient ainsi un cadre de travail commun où les idées circulent plus rapidement et s’enrichissent mutuellement.
Du point de vue de la thérapie et de la rééducation, l’enjeu est important. Nombre de praticiens travaillent au sein d’équipes pluridisciplinaires, en lien avec des orthophonistes, des ergothérapeutes, des psychologues, des kinésithérapeutes, des enseignants spécialisés ou d’autres professionnels. Or ces échanges se font souvent par courriels, messages différés ou discussions informelles. L’espace de groupe rend ces collaborations plus fluides et plus immédiates.
À l’usage, dans des situations de création de contenus et de planification, l’outil montre une force notable : il ne se limite pas à fournir des réponses, mais peut aider à structurer une réflexion, clarifier des objectifs, comparer des options et reformuler des propositions. Dans la co-création interdisciplinaire, cela constitue un véritable appui.
Imaginez un groupe de professionnels concevant ensemble des supports thérapeutiques. Les orthophonistes définissent les cibles langagières, les ergothérapeutes travaillent la planification motrice ou l’intégration sensorielle, les psychologues apportent le cadrage émotionnel, et les enseignants veillent à l’alignement avec les exigences scolaires. Plutôt que de faire circuler des documents successifs, chacun voit le contenu évoluer en direct, tandis que l’assistant peut proposer des formulations, adapter le niveau de langage, comparer différentes versions d’une activité ou aider à structurer un support visuel.
Pour la planification de séances interdisciplinaires, la discussion de groupe facilite l’alignement des objectifs. Il devient possible de repérer rapidement les recouvrements, d’éviter les redondances et de générer un déroulé cohérent en un temps réduit. Pour des professionnels soumis à une forte charge de travail, le gain de temps peut être significatif.
Cette dynamique suppose toutefois une utilisation rigoureuse. L’assistant ne doit pas se substituer au raisonnement clinique. Il ne pose pas de diagnostic, n’évalue pas et ne décide pas du traitement. Son rôle est de soutenir la structure, la formulation et la clarté des échanges, tout en laissant la décision finale aux professionnels.
La protection des données reste centrale. Les espaces de groupe sont distincts des échanges privés et ne doivent pas être utilisés comme des dossiers cliniques. Aucune information identifiante ne doit y être introduite, et les obligations de confidentialité et de conformité réglementaire, notamment au regard du RGPD, doivent être strictement respectées.
Ce qui émerge est une forme de collaboration nouvelle : un tableau de travail partagé où le discernement humain et l’appui technique se complètent. Cette possibilité existe déjà. À nous, thérapeutes, de décider comment l’intégrer à nos pratiques, avec intention, rigueur et sens critique.
Applications précoces possibles en thérapie et en rééducation :
- Séances de remue‑méninges interdisciplinaires pour des situations complexes, à partir de thèmes cliniques anonymisés.
- Co‑rédaction de guides thérapeutiques, fiches parents, programmes à domicile et préparations de séances.
- Élaboration de cadres d’intervention en milieu scolaire ou en cabinet, intégrant plusieurs points de vue.
- Sessions de formation en groupe pour étudiants ou stagiaires en raisonnement clinique.
La valeur ne réside pas dans des réponses « toutes faites », mais dans la structure fournie : cohérence, clarté et collaboration allégée des avancées décisives dans un domaine où le temps et la charge mentale pèsent lourd.
Pour les praticiens exerçant dans des environnements de santé contemporains, cela peut marquer un tournant. Nous passons d’une interaction individuelle avec l’assistant à un travail d’équipe soutenu par l’assistant collectif. Et ce changement arrive plus vite que prévu.
L’assistant ne décidera pas du traitement à la place du thérapeute. Il n’évaluera pas les échantillons de parole et ne posera pas de diagnostic. En revanche, il peut aider à tracer un parcours de soin, comparer des approches, ou transformer des idées éparses en documents aboutis et partageables. Bien utilisé, l’échange de groupe devient un amplificateur de pensée, non un substitut.
Il ne s’agit pas d’une promesse lointaine : cette possibilité existe déjà, et des utilisateurs en explorent dès à présent le potentiel. À nous, thérapeutes, de choisir jusqu’où nous voulons nous engager, avec quelle rigueur nous souhaitons façonner l’outil, et avec quelle créativité nous ferons vivre ce nouvel espace collaboratif.
