La thérapie à l’ère de l’IA : appliquer l’AI Act européen de 2024

En vertu du règlement européen sur l’IA (AI Act), de nombreux systèmes d’IA utilisés en thérapie relèvent de la catégorie « à haut risque ». Ce classement impose à ces outils des exigences strictes, notamment :
• une gouvernance des données robuste, diversifiée et exacte, afin de limiter les biais ;
• une transparence suffisante pour que les thérapeutes comprennent comment l’outil produit ses recommandations ;
• un contrôle humain garantissant que le thérapeute conserve l’entière responsabilité du jugement clinique ;
• la responsabilité et l’auditabilité, pour que les systèmes puissent être examinés et contestés si nécessaire.
Ces exigences protègent les patients et contribuent à maintenir la confiance dans la thérapie assistée par l’IA.

Les questions à se poser avant d’utiliser un outil d’IA
Avant d’intégrer un outil fondé sur l’IA dans votre pratique, posez-vous quelques questions essentielles : cet outil est-il conforme à l’AI Act et à la réglementation locale (marquage CE s’il s’agit d’un dispositif médical) ? Quelles données utilise-t-il, et où sont-elles hébergées ? L’algorithme a-t-il été développé sur des populations diversifiées ? Pouvez-vous comprendre et expliquer clairement la façon dont il produit ses résultats ? Si les réponses sont floues ou insatisfaisantes, il peut être imprudent, voire dangereux, d’utiliser cet outil en contexte clinique.

La dimension humaine, irremplaçable en thérapie
Malgré les avancées techniques de l’IA, elle ne remplacera jamais la dimension profondément humaine de la thérapie. L’empathie, la sensibilité culturelle, le raisonnement éthique et l’intuition clinique restent des compétences que seul le thérapeute apporte. L’IA est un assistant puissant, mais c’est au thérapeute d’interpréter ses résultats au regard de l’ensemble des besoins du patient, pour que chaque intervention reste centrée sur la personne et éthiquement fondée. Expliquer clairement au patient comment les outils d’IA sont utilisés est également essentiel pour préserver la transparence et la confiance.

Collaboration et équité numérique : construire l’avenir
Le sommet a souligné l’importance de la collaboration entre thérapeutes et concepteurs d’IA. Les praticiens apportent une connaissance précieuse des réalités du terrain et de la diversité des patients, et peuvent orienter l’innovation vers des outils culturellement adaptés, accessibles et efficaces. Par exemple, les orthophonistes qui accompagnent des patients plurilingues peuvent plaider pour des systèmes d’IA qui prennent mieux en compte la diversité linguistique, une limite connue de nombreux modèles actuels.
L’équité numérique a été un autre point fort du sommet. De nombreux patients rencontrent des obstacles pour accéder à une thérapie enrichie par l’IA, en raison de leur âge, de leur situation socio-économique, d’un handicap ou de leur lieu de vie. Une pratique éthique suppose que le thérapeute :
• propose des alternatives aux patients qui n’ont pas accès aux outils d’IA ;
• explique aux patients comment utiliser les ressources numériques de manière sûre et efficace ;
• envisage des modèles hybrides associant thérapie traditionnelle et outils d’IA.
Veiller à ce que personne ne soit laissé de côté permet de rendre les bénéfices de l’IA réellement inclusifs.

Les principaux points du sommet européen sur l’IA de 2025
Le sommet de 2025 a également mis en avant plusieurs évolutions :
• les outils d’IA doivent faire l’objet d’audits et d’améliorations continus pour faire face aux nouveaux risques et biais ;
• le droit des patients à être informés lorsque l’IA intervient dans les décisions qui les concernent est renforcé ;
• les États membres de l’UE travaillent à une meilleure harmonisation réglementaire, afin de disposer d’un cadre cohérent d’un pays à l’autre ;
• l’accent est mis sur l’« IA explicable », pour éviter que des algorithmes opaques (« boîtes noires ») ne compromettent la transparence clinique.

Perspectives : l’IA, partenaire d’une thérapie éthique
L’AI Act et le dernier sommet nous le rappellent : l’IA doit renforcer les compétences des thérapeutes, et non les remplacer. L’avenir de la thérapie repose sur l’équilibre entre outils innovants, jugement humain, intégrité éthique et sensibilité culturelle. En nous tenant informés de l’évolution de l’IA, en évaluant les outils de manière critique avant de les adopter et en participant activement à leur développement, nous pouvons contribuer à une IA éthique et centrée sur la personne.

Prochain article : comment les cabinets et centres de rééducation en Europe mettent concrètement en œuvre l’AI Act au quotidien, et les enseignements que nous pouvons tous en tirer.

Référence :
Union européenne. (2024). Règlement (UE) 2024/1689 du Parlement européen et du Conseil du 13 juin 2024 établissant des règles harmonisées concernant l’intelligence artificielle (règlement sur l’intelligence artificielle). Journal officiel de l’Union européenne, L, 2024/1689, 12.7.2024. https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/1689/oj

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